18 mai 2017

Objet #12

Montre Baume & Mercier forme "coussin", 2017 - Dessin © Yannick Vallet

Film : Le samourai

Le temps passé. Les années écoulées. Les dates précises, les dates anniversaires. Les montres. Les horloges. Jean-Pierre Melville semble avoir une passion dévorante pour le temps qui passe. Une obsession comptable pour l'exactitude temporelle dont on peut se rendre compte dans chacune de ses interviews.

Ainsi dans Le Samourai, outre les indications de temps incrustées à l'image [1], ce sont les plans sur la montre de Costello (ou de Costello regardant sa montre qu'il porte inversée au poignet de la main droite) qui nous indique avec précision où nous en sommes :
- Chez Jane : assis sur le lit, il consulte sa montre (Ce soir je suis arrivé chez toi à 7 heures un quart et je suis resté jusqu'à 2 heures du matin),
- Prêt à sortir du hall d'entrée de l'immeuble de Jane : il consulte sa montre. Comme prévu, il doit être pas loin de 2 heures du matin,
- En sortant du 36 quai des Orfèvres : gros plan sur la montre, il est 6 h moins 10,
- Chez Valérie, lundi matin : celle-ci regarde la montre que Costello vient de consulter (6h10, téléphone-moi ici dans deux heures),
- Chez lui, lorsqu'il revient et qu'il doit appeler Valérie : donc il doit être à peu près 8h10 du matin,
- Dans la voiture, devant le Martey's : la montre, que l'on voit à la faveur du plan sur sa main vérifiant le revolver, semble nous indiquer 11 heures du soir.

Ce temps qui ne s'arrête jamais, et dont la pellicule d'un film se déroulant inexorablement jusqu'à la dernière image est le plus évident symbole, semble obséder Jean-Pierre Melville. Une obsession qui semble atteindre son paroxysme dans Le samourai et que l'on ne peut s'empêcher de relier à des dates symboliques : l'année du tournage du Samourai est l'année de ses 50 ans et le film sortira seulement quelques jours avant son anniversaire, en octobre 1967.

« Melville portait sa montre au poignet droit parce que cela le gênait s'il la mettait à gauche. Il était cardiaque et je crois que cela le serrait trop du côté du cœur. Son arrière grand-père, son grand-père et son père sont mort du cœur à cinquante-cinq ans. Il était persuadé qu'il allait mourir au même âge. […] Il est mort entre ses 55 et 56 ans. » [2]



[1] Samedi 4 avril, 6 heures du soir - Dimanche, 6h. moins le quart du matin - Dimanche, 10 heures du soir - Lundi, 7 heures du matin
[2] Florence Melville interviewée par Denitza Bantcheva en 1995 (in Jean-Pierre Melville de l'œuvre à l'homme)