16 mars 2017

Objet #9

3 photos de femme, 2017 - Polaroid © Yannick Vallet

Film : Le cercle rouge

Avec seulement trois photographies, et sans aucune phrase de dialogue pour préciser quoi que ce soit, Melville nous dit tout du passé de Corey. De celui d'avant Les Beaumettes.

Extrait du scénario (page 13) où les photos sont ainsi décrites alors que Corey, reprenant les objets qu'il avait sur lui quand il a été arrêté, s'apprête à sortir de prison : Toutes trois représentent le même visage d'une jeune fille jeune et jolie, tour à tour gaie, pensive, triste, avec un grain de beauté sur la joue. Corey ne les met pas dans son portefeuille et les abandonne sur le comptoir.
Mais avant de sortir. Un employé lui court après :
- … Corey ! Tes photos !
Corey se retourne et reprend les trois photos après avoir longtemps hésité.

Et la jeune fille en question, ou plutôt la jeune femme, nous la découvrirons quelques minutes plus tard chez Rico, alors que Corey vient chercher son dû chez son ex-acolyte. Tandis que les deux anciens partenaires discutent dans le salon du montant de la dette, celle-là, dans la chambre attenante, sort de dessous les draps et s'approche de la porte fermée afin d'écouter la conversation.
Corey, après avoir récupéré quelques dizaines de milliers d'anciens francs dans le mini coffre-fort, y dépose négligemment les trois photos, appuyant son geste par un regard lourd de signification.
Dans la pièce d'à côté, l'ancienne amie de Corey (comme il est indiqué au générique), est retournée se coucher. Et lorsque qu'elle demande à Rico, revenu dans la chambre, ce qu'il se passe, celui-ci lui répond un banal "Rien, rien …".
Car c'est bien ce dont il s'agit aux yeux de Rico, Corey, après cinq années passées derrière les barreaux, n'est finalement devenu rien d'autre que pas grand-chose.

Certes, Corey se retrouve dorénavant seul face à son avenir, mais même s'il s'est fait larguer par sa petite amie et s'est largement fait doubler par son acolyte, la suite des évènements ne fera qu'infirmer ce postulat de départ…

A noter qu'Anna Douking, l'actrice jouant l'ancienne amie de Corey que l'on voit sur les photos, a eu son heure de gloire dans les ébouriffantes années 1970. Tout avait bien commencé avec Melville, puis avec Claude Chabrol pour qui elle sera la très convaincante maîtresse de Michel Bouquet dans Juste avant la nuit. Mais ses premiers rôles souvent (toujours) dénudés lui ont valu de glisser progressivement vers la production pornographique avec des titres aussi évocateurs que La chatte sur un doigt brûlant ou A bout de sexe ! Jusqu'à son chant du cygne, Le c… de Marilyne de Jean Luret en 1980. Une carrière éclair d'une douzaine de films plutôt très légers en une petite décennie.